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Tore Rørbæk (sc.), Mikkel Sommer (ill.)

Shingal

La Boîte à bulles, 4 nov. 2020, 176 pages, 20 €, 112 pages. EAN 9782849533789

mercredi 4 novembre 2020, par Frédéric Stévenot

Présentation de l’éditeur. « En août 2014, L’État islamique attaque le peuple Yézidis dans la région montagneuse de Shingal, et perpétue un véritable massacre dans cette région au nord-ouest de l’Irak. Asmail, son frère Mazlum et leurs familles sont des leurs. Comme nombre d’autres Yézidis, ils vont devoir fuir vers ce refuge ancestral que sont les montagnes de Shingal et lutter pour la survie de leurs familles et de leur peuple...

Si la crise humanitaire qui a découlé de cette tragédie est relativement connue de tous, de nombreuses zones d’ombre persistent quant aux éléments qui ont conduit au génocide et à l’exode de toute une population.
Tout au long de cet album, Tore Rørbæk et Mikkel Sommer donnent corps à un peuple méconnu, victime de la barbarie, et tentent de faire la lumière sur ces éléments souvent passés sous silence... ».

Les montagnes du Shingal correspondent à ce que l’on connaît plus communément en France (et en Occident, semble-t-il) sous le nom des monts Sinjar (ou Sindjar). Ces reliefs et se situent au nord de la ville de Sinjâr, et font partie de la province de Ninive (ville prestigieuse à l’époque antique) dont le chef-lieu est Mossoul. Nous sommes donc presque tout au nord de l’Irak, au contact de la Syrie.

Le région est habitée par une ethnie minoritaire irakienne : les Yézidis. La majorité d’entre eux se trouve en Irak, mais il existe une diaspora qui s’est dispersée un peu partout en Europe, notamment la Russie.
Ce peuple kurdophone et monothéiste a la particularité de ne pas être musulman. Il pratique le yézidisme, dont le personnage emblématique est l’« ange-paon » (Malek Taous), l’un des sept anges.
Minorité au sein du monde musulman, les Yézidis ont parfois fait l’objet de persécutions sanglantes, résultat de leur résistance pour préserver leur culture et leur identité.
Au début du mois d’août 2014, la population est menacée par l’avance de l’État islamique en Irak et au Levant (Da’ech), profitant du chaos syrien et irakien. Mossoul est déjà tombée en juin. L’exode des Yézidis est inéluctable après la chute de Sinjâr, mais des centaines d’entre eux sont massacrés ou capturés et réduits en esclavage. Le caractère systématique des massacres inclinent plusieurs organisations (dont l’ONU et la FIDH) à parler de « crime contre l’humanité » et de « génocide ».
Des milliers de Yézidis restent bloqués dans les montagnes du Sinjar, et ne sont sauvés par des opérations des milices kurdes et les raids aériens de la coalition internationale, malgré le retrait des Peshmergas.

Tore Rørbæk a écrit de nombreux articles pour des journaux danois, et s’est spécialisé dans les affaires du Moyen-Orient. Mikkel Sommer est illustrateur ; il a produit des dessins pour des titres américains, et s’est lancé dans la bande dessinée depuis 2014. Pour aider à entrer dans l’histoire brutale des faits, les auteurs ont créé des personnages fictifs inspirés de la réalité, à savoir Asmail et son frère Mazium. Ils ont cependant pris le temps de rappeler l’histoire du peuple yézidi et la géographie du Shingal, ce qui n’est pas le moindre intérêt de cet album. Cela permet également de mieux comprendre les enjeux de la région, sans que soit évoqué, cependant, le contexte syrien et irakien. On pourra le regretter, mais il suffira de se documenter pour en savoir davantage, car l’objectif des auteurs est à la fois de (re-)mettre en lumière les massacres d’août 2014 (passablement oubliés, au mieux, sinon ignorés en Occident). On saisit d’ailleurs la précarité qui est l’une des grandes caractéristiques du peuple yézidi, quelle que soit la période de l’Histoire, et on comprend alors que sa capacité de résistance s’inscrit dans le temps. Cela tient peut-être à une certaine relativité : les massacres de 2014 n’ont pas été les premiers ; ils ne sont pas les derniers. Les auteurs en rappellent un, qui s’est déroulé en 1892, avec la tentative d’islamisation lancée par un général ottoman, Osman Pacha. Ils rappellent également que la montagne est leur principale protectrice.

Voir en ligne : Page consacrée à l’ouvrage sur le site de l’éditeur

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