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Émile Bravo

Spirou. T. 3, « L’espoir malgré tout » (deuxième partie)

éd. Dupuis, coll. « Tous Publics », 4 oct. 2019, 92 p., 16,50 €

vendredi 4 octobre 2019, par Frédéric Stévenot

Présentation de l’éditeur. « Automne 1940. Spirou arrive à convaincre Fantasio de ne pas prendre le train pour partir travailler en Allemagne. Mais les temps sont durs et Spirou est menacé d’expulsion par le prêtre qui lui loue une chambrette. C’est alors qu’il a une brillante idée : avec Fantasio, il va monter un théâtre de marionnettes itinérant pour donner un peu de joie aux enfants qui n’ont rien d’autre à faire que de subir (ou jouer à) la guerre. Félix et Felka, le couple de peintres juifs allemands exilés à Bruxelles, les aident à réaliser les décors, et Fantasio, esprit débordant de créativité, écrit des contes pleins de violence et de gueuletons. Le spectacle plaît beaucoup à M. Henri, un mécène, qui les engage pour qu’ils aillent jouer un peu partout en Belgique. Et c’est ainsi que Spirou et Fantasio partent à vélo sillonner le pays avec leur théâtre itinérant. Mais Fantasio va tomber amoureux, et son comportement et ses secrets vont commencer à attirer de graves ennuis à Spirou… ».

Nous retrouvons Spirou dans l’une des gares de Bruxelles à l’automne 1940. Fantasio manque de partir travailler en Allemagne. Au lieu de cela , les deux amis montent un spectacle de marionnettes ambulant ,qui circule bientôt partout en Belgique, ce qui l’occasion de les confronter aux difficultés du pays occupé.

Ce nouvel album est beaucoup plus sombre que le précédent. Même si l’humour reste présent, Fantasio perd un peu de l’inconscience qui le caractérise encore dans les premières pages. Le duo découvre un réseau de résistance, mais surtout l’approfondissement de la discrimination raciale. On la connaissait déjà avec le couple d’artistes, Félix et Felka ; on la perçoit de façon encore plus vive dans un groupe d’enfants bruxellois, dont deux se découvrent juifs. Très vite, on assiste aux premières arrestations et au départ des premiers convois de déportation, depuis la gare de Malines, derrière la caserne Dossin. Émile Bravo montre que toute cette organisation repose sur la collaboration active de Belges.

Le développement du récit met progressivement le lecteur mal à l’aise. Spirou reste un personnage de fiction, et s’attache à lui une image de superficialité. Or, la gravité des événements dans lesquels Émile Bravo le place renverse complètement cette apparence. La documentation que l’auteur a dû accumuler vient encore renforcer le réalisme des situations choisies. Le héros futile acquiert ici une dimension qu’on ne lui connaissait absolument pas, bien loin du personnage candide [1].

Pour autant, la distance entre réalité et fiction reste maintenue. Il ne faut surtout pas hésiter à mettre l’album entre les mains d’enfants, même jeunes. L’album sera alors une excellente introduction à la seconde guerre mondiale, aux difficultés des occupés, aux choix faits par les uns et les autres, entre résistance et collaboration, et au processus qui conduisit à l’extermination d’une partie de la population et des réfugiés.

Voir en ligne : Page consacrée à l’ouvrage sur le site de l’éditeur

Notes

[1Même si des albums contredisent cette image.

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