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Philippe Thirault (sc.), Roberto Zaghi (ill.)

Le Vent des libertaires, T. 2

Les Humanoïdes associés, 18 mars 2020, 56 p., 14,50 €

mercredi 18 mars 2020, par Frédéric Stévenot

Présentation de l’éditeur. « Ukraine, début du XXe siècle. Issu de la paysannerie très pauvre et adopté par une famille bourgeoise, le jeune Nestor Makhno ne trouve pas sa place dans un monde impitoyable, dominé par les riches. L’histoire romancée du plus grand des anarchistes ukrainiens qui, défiant à la fois les Bolcheviques et les Allemands, a traversé un demi-siècle de révoltes et de révolutions ».

Le second volume du Vent des libertaires vient de paraître. On a déjà rendu compte du premier, sorti le 29 août dernier.

On retrouve Nestor Makhno en mars 1918. La révolution bolchevique a triomphé en Russie, et le gouvernement a conclu un traité avec l’Allemagne, à Brest-Litovsk (auj. en Biélorussie). Les empires centraux peuvent alors transférer d’importants contingents militaires des empires centraux vers les fronts occidentaux, ils bénéficient de modifications frontalières notables. Une république dite « populaire » d’Ukraine existe depuis mars 1917, proclamée le 7 novembre suivant, reconnue par les Alliés occidentaux mais aussi les puissances centrales. Malgré une reconnaissance officielle, les bolcheviques ne l’acceptent cependant pas : ils mettent en place à Kharkov une République socialiste soviétique ukrainienne. Sous la poussée bolchevique, la république populaire fait appel aux empires centraux, qui réinvestissent Kiev. C’est dans ce contexte que la Russie doit abandonner l’Ukraine lors du traité de Brest-Litosvk. Un coup d’État soutenu par l’Allemagne place au pouvoir un ancien officier du tsar, Pavlo Skoropadsky. Avec les armistices de la fin de 1918, il trouve de nouveaux alliés auprès des troupes blanches de Denikine, et la situation devient encore plus confuse : l’Ukraine est en proie à une multitude de conflits, dont l’armée de Makhno est l’un des protagonistes. La conclusion de la guerre entre la Pologne et la Russie bolchevique (traité de Riga, mars 1921) est aussi celle de l’Ukraine indépendante : une partie du territoire est attribuée à la première, sous le nom de République socialiste soviétique d’Ukraine.

Libéré à la faveur de la révolution de février 1917, Nestor Makhno peut revenir chez lui, à Goulaï-Polié (auj. Houliaïpole, si l’on est ukrainien, ou Gouliaïpole pour les Russes). Il s’insère dans les mouvements sociaux qui agitent la région, aussi dans le milieu paysan qu’ouvrier. En août, il recrute une petite armée paysanne, qui exproprie les grands possédants pour redistribuer la terre à ceux qui sont en mesure de la travailler sans salarié. Le phénomène touche aussi les usines et les ateliers. En même temps que se diffuse l’autogestion, des communes agraires sont fondées : ce sont les bases de la démocratie directe. Mais le mouvement est freiné par l’occupation de l’Ukraine par les empires centraux, conséquence du traité de Brest-Litovsk. La stratégie de Makhno est la guérilla opérée par de petits groupes d’une petite dizaine de personnes. C’est l’un d’entre eux qui, en septembre 1918, parvient à déclencher une insurrection qui libère la ville natale de Makhno, Goulaï-Polié. Ce succès incite au ralliement de nombreuses formations : la Makhnovchtchina — nom de l’armée révolutionnaire insurrectionnelle ukrainienne — est en marche. Elle combat sur deux fronts, contre les troupes de la république populaire ukrainienne et les armées blanches de Denikine. La Makhnovchtchina est formée sur la base du volontariat, et ses responsables exercent leurs fonctions par consentement des troupes. Après avoir repoussé les Blancs, elle doit cependant faire face au retournement des troupes bolcheviques, qui finissent par l’emporter. En août 1921, Makhno doit s’exiler.

L’album de Ph. Thirault et de R. Zaghi ne rend pas compte de l’importante complexité de la situation ukrainienne. En cinquante-six pages, comment pourrait-on le faire. Comme dans le premier volume, les auteurs la simplifient. Le résultat est une bande dessinée à la gloire de Nestor Makhno, qui apparaît héroïsé et porteur d’une révolution originale, qui n’est pas exempte d’arrangements avec les faits. Les petits groupes de guérilla sont rassemblés dans une armée compacte, où dominent les cavaliers, et pratiquent une guerre offensive ouverte contre ses adversaires. Les troupes austro-allemandes portent encore des casques à pointe, comme au début de la première guerre mondiale. Mais au-delà de ces entorses, l’album se lit (et a probablement été conçu dans cet esprit) comme un livre d’aventures, destiné à rendre le caractère exceptionnel du personnage de Nestor Makhno, passé de la révolution aux usines Renault.

Voir en ligne : Page consacrée à l’ouvrage sur le site de l’éditeur

P.-S.

Les deux albums paraitront dans un coffret (voir le site des Humanoïdes associés) en mai 2020 (112 pages, EAN 9782731605129, 28,99 €).

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