Accueil > Bandes dessinées > Intraitable, t. 2

Choi Kyu-sok

Intraitable, t. 2

Rue de l’Échiquier, 5 mars 2020, 224 pages, 20 €. ISBN : 9782374251967

jeudi 5 mars 2020, par Frédéric Stévenot

Présentation de l’éditeur. « Corée du Sud, au tournant des années 2000. Dans un environnement économique et social durement marqué par les retombées de la crise financière en Asie, nous retrouvons Gu Go-shin, militant syndical fondateur d’une petite agence-conseil de défense des travailleurs, et Lee Soo-in, jeune cadre prometteur de la grande distribution, issu des rangs de l’armée. Depuis que leurs routes se sont croisées, les deux hommes ont appris à se connaître et à s’apprécier : les détestables pratiques sociales du nouvel employeur de Lee, puissant groupe français récemment installé en Corée, ont réveillé leurs instincts de justiciers.Avec le concours de Go-shin, Soo-in se bat désormais pour la création d’une section syndicale dans l’entreprise. Bien que les conditions de travail s’y détériorent jour après jour, les salariés se montrent d’abord réticents à cette idée. Mais le sort d’un employé, sauvé in extremis d’un licenciement abusif, fait tout basculer : traumatisant, l’épisode a l’effet d’un électrochoc sur les derniers indécis…

Ce deuxième tome poursuit la transposition en fiction de l’implantation conflictuelle – et finalement ratée – de Carrefour en Corée. Cet opus montre comment les salariés peuvent se fédérer face au pouvoir des multinationales, et notamment à quel point cette organisation collective peut se révéler difficile quand on est face à un patron passé maître dans la technique de « diviser pour mieux régner ».

Remarquable de maîtrise et de brio, Choi Kyu-sok continue de dépeindre avec finesse les rouages du système propre aux grandes entreprises et de brosser un portrait complexe et nuancé de la société coréenne contemporaine, en mettant en lumière, plus particulièrement dans ce volume, le rôle essentiel du syndicalisme coréen ».

Le premier volume d’Intraitable, sorti en octobre 2019, a fait l’objet d’un compte rendu sur le présent site. On retrouvera bien évidemment les mêmes qualités, à la fois dans le déroulement du récit que dans sa restitution graphique.

L’auteur, Choi Kyu-sok, nous plonge à nouveau dans le contexte social extrêmement tendu de la Corée du Sud, en prenant un exemple tiré de la réalité. Il expose en effet les pratiques de gestion (on dit « managériales ») personnel d’une multinationale française, spécialisée dans la grande distribution (il s’agit de Carrefour). Les employés sont placés sous une pression permanente et croissante, afin que l’on puisse tirer le maximum de la ressource humaine qu’ils représentent. Choi Kyu-sok nous avait aussi montré, dans le premier volume, que face à l’emprise du groupe industriel, la résistance est non seulement possible, mais qu’elle pouvait s’exercer. Les salariés avait pu commencer à se défendre, très difficilement, soutenus par une sorte d’agence donnant des conseils, dirigée par le militant syndical Gu go-shin. Cette fois, les choses prennent de l’ampleur : un salarié, brutalement licencié, réussit à avoir gain de cause. Surtout, il doit cette victoire non pas à sa seule force, mais à un soutien beaucoup plus large. Chacun (en tout cas, beaucoup de salariés) prennent conscience que l’action peut être efficace pour défendre ses droits à la condition de s’unir. C’est ici qu’un personnage est particulièrement mis en lumière : Lee Soo-in. Il s’agit d’un jeune cadre du groupe industriel, qui est aussi un ancien officier de l’armée coréenne. Son passé l’a exposé à de graves injustices. Aussi, la situation sociale au sein de son entreprise ne le laisse pas indifférent, et il décide d’aider les employés en favorisant la création d’un syndicat.
Choi Kyu-sok ne nous épargne rien de la violence sociale qui s’exerce, ni des tergiversations des salariés qui y sont confrontés. Que faire face aux ordres, aux pressions ? Faire le dos rond, c’est peut-être la garantie (fragile) de ne pas être renvoyé. Mais les exemples de licenciement abusifs servent de leçon, surtout quand leur caractère peut être retenu par la justice. Dès lors, la véritable garantie passe par une organisation collective de défense.

Voir en ligne : Page consacrée à l’ouvrage sur le site de l’éditeur

Répondre à cet article